Le prix Nobel de la paix 2003 invité pour la seconde fois à Poitiers passe trois jours dans la Vienne. Pour défendre les droits de l'homme et parler de l'Iran.
J e ne suis pas fier des 27 prix que j'ai reçus dans le monde. Je ne suis pas fier d'avoir des livres traduits à l'étranger. Ce n'est pas essentiel d'avoir eu le prix Nobel de la paix mais je suis fier de mon combat pour défendre les droits de l'homme. Shirin Ebadi, invité pour la seconde fois à Poitiers, consacre sa vie à défendre les droits des prisonniers politiques « qui sont nombreux » dans son pays. « Plus de cinq cents » confessera-t-elle en marge de la conférence de presse qu'elle a donnée, hier, lors de l'inauguration d'une rue à son nom sur le campus de l'université de Poitiers. Elle va rester encore deux jours, donner des conférences, faire une séance de dédicaces de deux de ses livres et ouvrir la manifestation culturelle Campus en Festival.
'' Le peuple est une braise enfouie... ''
L'avocate iranienne, qui s'est prêtée au jeu des questions, livrera son sentiment sur le nucléaire projeté, aujourd'hui, sous les feux de l'actualité avec la catastrophe au Japon : « Je suis contre l'énergie nucléaire même à des fins non nucléaires. Que va-t-on faire des déchets à Tokyo ? » a-t-elle dit. « Je suis convaincue que l'enrichissement nucléaire doit être stoppé. Je souhaite que tous les pays qui possèdent le nucléaire doivent y mettre fin. » Shirin Ebadi ne dira pas si Mahmoud Ahmadinejad détient l'arme nucléaire, « Le gouvernement déclare ne pas vouloir la bombe, répond-t-elle, je ne sais pas si cela est vrai, je ne suis pas dans le gouvernement. » La défenseure des droits de l'homme a raconté des tranches de vie des Iraniens qui ne peuvent pas faire appel à un avocat pour se défendre et doivent en prendre un commis d'office proche du pouvoir. Elle-même a été emprisonnée. Mais l'espoir que ce pays bascule comme d'autres l'on fait lors de la révolution de printemps n'est peut-être pas loin. « Le peuple est une braise enfouie sous une couche de cendres, a estimé la militante, et le jour où il va se réveiller est peut-être proche. »
Le prix Nobel de la paix souhaite ce changement mais de façon pacifique « sans que le sang soit versé ». Les femmes seront peut-être l'élément déclencheur, parce que la loi n'est pas en leur faveur, « ce sont elles qui sont en avant dans les manifestations. »
Hier, à Poitiers, la militante était devant pour enlever le voile qui cachait la plaque qui porte son nom. Et pour dire tout le symbole de la politique menée par le président de l'université, Jean-Pierre Gesson, qui, à travers sa venue et le prix Shirin Ebadi, veut faire de l'établissement poitevin, un phare, rayonnant au-delà des frontières de l'Hexagone, de la défense des droits de l'homme.
Nouvelle République