Par Jean-Baptiste GUEGAN - 18 mai 2010
Loin de Téhéran qu'il filma jadis, Abbas Kiarostami nous emmène visiter la Toscane avec Copie Conforme, son dernier film et s'invite à Cannes pour mieux nous le faire partager. L'occasion idéale pour replonger dans la filmographie d'un cinéaste d'exception à l'heure où il concourt pour une nouvelle distinction et où l'Iran, son pays s'enfonce dans l'obscurité.
Le cinéma fait homme
Réalisateur, dessinateur, peintre, photographe, scénariste mais aussi producteur, Abbas Kiarostami est de ces hommes qui touchent à tout avec passion et talent. Ainsi, alors que sa filmographie suffit déjà à en faire l'un des plus illustres créateurs de notre temps, l'ensemble de ces activités incite plus encore à s'incliner devant cet artiste et penseur qui à l'instar de Jean-Luc Godard, a considérablement modifié le regard que l'on pouvait poser sur le septième art.
En effet, après s'être fait remarquer en Europe avec Où est la maison de mon ami ?, le premier volet de sa trilogie commencée à la toute fin de la décennie 1980, la réalisation de Close-up et plus encore celle d'Au travers des oliviers l'amènent à faire partie des cinéastes qui comptent. Très vite, de multiples récompenses vont alors consacrer le travail de celui que la censure incite à se dépasser puisque tout juste sélectionné en 1997, Le Goût de la cerise décroche la Palme d'or cannoise à égalité avec L'Anguille de Shohei Imamura.
Devenu incontournable dans son pays et parvenu au panthéon parmi les grands, Le Vent nous emportera, le film qu'il réalise à sa suite, confirmera la tendance puisque la Mostra de Venise l'honorera du Grand Prix spécial du Jury. C'est alors qu'il se décide à faire évoluer son cinéma en recourant à la DV avec régularité et à sa manière. Suivront ainsi ABC Africa, Ten puis Ten on Ten avant que Five, méditation dédiée à Yasujirô Ozu, s'impose comme une œuvre expérimentale exaltante, explorant la puissance du cinématographe à l'heure du numérique. Auteur de premier ordre, accumulant les honneurs et les participations festivalières en tant que juré ou maître de cérémonie, Abbas Kiarostami apparait donc comme incontournable au tournant des années 2000.
Le XXIe siècle, l'heure du tournant ?
L'homme dès lors tournera peu, se contentant de projets très différents et pour la plupart réalisés hors d'Iran. Ainsi, participera-t-il en 2005 à Tickets, film à sketch dont il réalise le meilleur segment avant de signer en 2007 à l'occasion du soixantième anniversaire du Festival de Cannes, Where is Romeo ?, l'un des trente deux courts métrages qui composeront Chacun son cinéma. Viendra ensuite Shirin en 2008 où il filme une centaine de femmes pleurant dans une salle tandis que se déroule hors champ, le récit d'un poème iranien édifiant datant du XIIe siècle. Puis, c'est au tour de Copie Conforme d'apporter cette année, un souffle nouveau à sa filmographie en convoquant au cœur de la Toscane, un casting international d'où ressortent Juliette Binoche et William Shimell, le baryton britannique que l'Opéra mondial s'arrache. De fait, s'il reste encore à savoir ce qu'en penseront les festivaliers et le jury de Tim Burton, une chose semble certaine : Abbas Kiarostami semble bel et bien de retour.
Et c'est assurément la meilleure nouvelle que pouvait nous offrir celui qui compte déjà trente et un films à son actif depuis Le Pain et la rue, son premier film court réalisé en 1970. Car sa voix résonne plus qu'aucune autre en ces heures sombres où l'Iran se ferme et où Jafar Panahi, son ancien assistant, croupit dans les prisons du régime depuis plus de deux mois. Souhaitons donc que ces retrouvailles s'accompagnent de joie pour le cinéphile et du retour de cette liberté de créer que revendiquait déjà l'an passé Bahman Ghobadi.
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